[Histoire de Vézelise] Les bombardements de Juin 1940

[Histoire de Vézelise] Les bombardements de Juin 1940

Si durant la première guerre mondiale, Vézelise ne subit aucun bombardement, il n’en fut pas de même en juin 1940. Les nombreux réfugiés ainsi que la forte concentration en troupes firent de la capitale du Saintois une cible privilégiée pour l’aviation ennemie. 

Le samedi 15 juin, à 6h30 du matin, un premier projectile tomba près des Halles. Une automobile militaire qui se trouvait là fut projetée et resta dressée sur ses roues arrières. Son chauffeur, Marcel Requillart, 31 ans, de la 356e Cie d’Autos, fut tué sur le coup.

Automobile militaire retournée par le bombardement du 15 juin 1940. Son chauffeur est mort sur le coup
Automobile militaire retournée par le bombardement du 15 juin 1940. Son chauffeur est mort sur le coup

D’autres bombes tombèrent également sur l’agglomération et dans les terrains bordant les routes qui suivaient les troupes en retraite.

Dès ce moment, une partie de la population abandonnant les maisons où elle ne se sentait pas en sécurité se dispersa dans les champs et attendit les évènements.

Vézelise fut, pendant plusieurs jours encore, survolée par de nombreuses escadrilles qui harcelaient les troupes en retraite pour briser les nids de résistance.

Mais le bombardement qui marqua profondément les habitants de Vézelise encore présents dans la ville se produisit le 18 juin 1940, à 14h30 (quelques instants après l’occupation de Nancy). Alors que les convois continuaient à défiler dans les rues et qu’on entendait au loin le bruit du combat, des bombes s’abattirent sur la petite ville.

“Il était 14h30, je me rendais chez ma cousine Piezel, dans la montée des Capucins. Il n’y avait personne, la porte était fermée; heureusement, car quelques secondes plus tard, j’aurais fait comme la tortue qui se trouvait dans le jardin, j’aurais sauté en l’air; je n’ai eu que le temps de me réfugier dans une cave voûtée qui se trouvait à proximité.”  Témoignage de Mme Marie Perrin, née Duval, 14 ans en juin 1940

Le bombardement se prolongea 30 minutes durant, un spectacle terrifiant; des corps déchiquetés, parfois carbonisés gisaient dans les rues. Dix immeubles entièrement détruits, vingt autres plus ou moins endommagés. Un immeuble de la brasserie, notamment, fut atteint et M. Louis MOREAU, maire et conseiller général, qui, en ces moments tragiques, était resté fermement à son poste, reçut des éclats qui le blessèrent à la tête et aux mains.

Immeuble de la brasserie suite au bombardement de Juin 1940

“J’étais monté voir les soldats qui cantonnaient près de la route d’Hammeville; je n’ai eu que le temps de m’allonger contre les militaires, cela sifflait de partout avec des détonations assourdissantes; quelle trouille, mais aussi quelle dérouille par mon père, quand je suis rentré !”  Témoignage de Jean PELLI, né en 1928

La plupart des victimes furent des militaires (19 soldats identifiés, 12 inconnus). À ceux-ci s’ajoutèrent 7 réfugiés et 6 Vézelisiens : Monique BARTHELEMY, 11 ans, Jean FURGAUX, 11 ans, Pierre REMY, 17 ans, Joseph-Edmond GERARD, 72 ans et Théophile JACQUOT,  54 ans. Un autre enfant, Jean-Claude ROBINOT, 5 ans, décéda de ses blessures le 25 juin.

L’inhumation des victimes eut lieu provisoirement dans le pré de Saulcy.

Dans la nuit, quelques obus égarés tombèrent encore sur la petite ville, sans causer de victime, puis le calme se fit.

L’occupation allemande débuta deux jours plus tard, le 20 juin 1940 par la manœuvre d’encerclement de l’armée de Lorraine. Elle se prolongea 4 années, jusqu’à sa libération, le 2 septembre 1944, par l’armée Patton; selon certains témoignages, le général américain aurait séjourné à Vézelise durant deux ou trois jours.

BULLETIN PAROISSIAL DE VEZELISE de Septembre 1940

“Le mois de juin 1940 nous laissera à tous d’impressionnants et durables souvenirs; l’intense bombardement du mardi 18 qui fit les victimes que l’on sait; l’entrée des premières troupes allemandes le jeudi 20; par surcroît, les convois sans répit – de noir et de jour – des malheureux réfugiés de la Meuse et d’ailleurs qui s’en allaient au hasard devant eux avec, entre-temps, l’incendie après pillage, de deux grosses épiceries de la place, dû à des mains mystérieuses?.. de tout cela, on se souviendra longtemps”

“Nous nous inclinons profondément devant nos chers paroissiens tombés ici pour la France. Nous ne pouvons pas penser sans attendrissement à ces jeunes enfants, espoir de l’avenir, et qui trouvèrent en ces jours historiques une si triste destinée ! Que Dieu adoucisse la douleur de leur famille éprouvée”

“Après coup, on se rend compte et avec le recul du temps, on se rendra compte davantage des sérieux dangers qu’a couru notre cité. Quand on pense que la suprême bataille devait se livrer autour de Sion, et que de ce fait, elle aurait certainement entraîné de gros risques pour les habitants de la région et leurs maisons, il y a lieu de se féliciter de s’en être tiré à si bon compte. Notre-Dame de Sion nous a visiblement protégé.”

“Notre vieille église a eut bien chaud, encadrée qu’elle fut par un chapelet de bombes. La déflagration souffla les vitraux de la nef, dont la valeur au point de vue artistique laissait à désirer… mais tels quels, ils servaient de points de comparaison; leur aspect faisait ressortir la supériorité incontestable des verrières du chœur.”

 

Sources utilisées

Histoire méconnues du canton de Vézelise, de Bernard PERRIN

Site internet de l’association Espace de mémoire 

Corpuscule de bulletins paroissiaux